Abélard a signé les paroles et la musique de nombreux chants religieux. Nous avons la chance exceptionnelle de posséder ces oeuvres aujourd'hui. Nous savons aussi qu'il fut un créateur et un interprète génial de chansons d'amour.
Auteur compositeur
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La musique religieuse
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Accéder au texte latin et |
Pendant 5 ', cliquez sur :"O quanta qualia", format real, version "Ensemble de musique ancienne d'Augsburg"
| O quanta qualia sunt illa
sabbata Que semper celebrat superna curia; Que fessis requies, que merces fortibus, Cum erit omnia Deus in omnibus. |
Ô combien immenses, ô combien merveilleux
sont ces sabbats Que célèbre éternellement la cour céleste ! Repos pour les faibles, récompense pour les forts, Quand Dieu sera tout en tous. |
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Vere Iherusalem illic est
civitas, Cujus pax jugis est, summa jucubditas Ubi non prevenit rem desiderio Nec desiderio minus est premium. |
Vraiment c'est Jérusalem que
cette cité Dont la paix est perpétuelle, la joie totale, Là où le désir ne précède pas la chose, et la récompense excède le désir. |
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Quis Rex, que curia, quale
palatium, Que pax , que requies quod illum gaudium Hujus participes exponat glorié Si tantum sentium, possint exprimere |
Qui est ce Roi, quelle est
cette cour,quels sont ce palais, Cette paix, ce repos, cette allégresse Dont nous parlent ceux qui participent à la gloire S'ils sont en effet bien capables de livrer ce qu'ils ressentent. |
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Nostrum est interim mentem
erigere Et totis patriam votis appetere, Et ab Iherusalem a Babilonia Post longa regredi, tandem exilia. |
En attendant, il nous faut
élever notre esprit Et soupirer à grands désirs après notre Patrie, Cherchant à rentrer enfin à Jérusalem Après ce long exil à Babylone. |
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Illic molestis finitis
omnibus, Securi cantica Syon cantabimus Et juges gratias de donis gratie Beata referet plebs tibi Domine. |
Là, après la fin de toutes
les angoisses, Nous chanterons dans la paix les cantiques de Sion, Et ton peuple béni, Seigneur, te rendra grâce Sans cesse pour les dons de ta grâce. |
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Illic est sabbato succedet
sabbatum : Perpes letitia sabbatizantium, Nec ineffabilis cessabunt jubilii Quos decantabimus et nunc et angeli. |
Là on passe de sabbat en
sabbat, Célébrant le sabbat dans la liesse perpétuelle, Et jamais ne cesseront ces réjouissance ineffables, Que nous chanterons de concert avec les anges. |
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Perenni Domino, perpes sit
gloria Ex quo sunt, per quem sunt, in quo sunt omnia; Ex quo sunt, Pater est; per quem sunt filius In quo sunt Patris et filii spiritus. Amen. |
Gloire éternelle au Seigneur
pour les siècles des siècles, De qui, par qui et en qui sont toutes choses. Toutes du Père par le Fils et en l'Esprit, Qui procède et du Père et du Fils. Amen. |
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"L'admiration d'Héloïse pour le talent poétique et musical d'Abélard peut aisément se comprendre. On a à considérer qu'un exemple : cette hymne des vêpres du samedi : "Ô quanta qualia". La vision du ciel est extatique et la mélodie construite avec tant d'art que les phrases se succèdent de façon organique, avec une sorte d'inévitabilité extraordinaire." Chrysogonus Waddell |
Pendant 45''', cliquez sur : "Epithalamica"
| Epithalamica dic, sponsa,
cantica Intus quae conspicis dic foris gaudia Et nos laetificans, de sponso nuntia Cuius te refovet semper praesentia. |
Chante, ô épouse, ton cantique nuptial, Proclame les joies intérieures que tu contemples, Et réjouis-nous des nouvelles de l'époux Dont la présence signifie pour toi une vie nouvelle et éternelle. |
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"Fortement inspirée par le Cantique des cantiques, cette séquence envisage le drame de la résurrection comme s'il se reproduisait dans la vie spirituelle d'une moniale du Paraclet, elle-même épouse du Christ et qui attend que l'époux lui revienne de la tombe." Chrysogonus Waddell |
Pendant 9', écoutez le planctus "David", format real. cliquez "Planctus David"
Interprétation par l'ensemble de musique ancienne d'Augsburg
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Dolorum solatium laborum remedium mea michi cythara, Nunc quo major dolor est iustiorque meror est plus est necessaria. Strages magna populi regis mors et filii hostium victoria. |
Tu soulages
mes douleurs, remédies à mes peines lyre qui soutiens mon chant, Plus nécessaire aujourd'hui que la douleur est plus grande et plus juste le chagrin ! Tout un peuple massacré un roi tué et son fils dans cette victoire adverse : |
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"Plus encore que
les hymnes, les planctus
constituent l'une des oeuvres
poétiques les plus représentatives
du XIIe siècle; les plus modernes
aussi pour ce temps et les moins
bridées de convention. (...) Très au
courant de la théorie et des
pratiques musicales Abélard
travaille particulièrement les
rythmes de ses poèmes et son
inventivité dans ce domaine n'est
jamais en défaut." |
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Si le texte latin de toutes ces uvres nous a été transmis par des manuscrits sans difficulté majeure, il n'en va pas de même de la ligne mélodique, puisque la portée n'existe pas encore. Les spécialistes ont dû faire de savantes recherches pour analyser et interpréter des notations musicales élémentaires et parfois énigmatiques. |
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Commentaire de Luc Estang
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"Abélard, ce logicien, ce
moraliste, cet humaniste fut aussi un grand poète tant
profane que sacré. Toutes les rues de la montagne
Sainte-Geneviève ont retenti de ses chansons qu'il
composa pour les clercs et dont hélas, rien ne
nous est parvenu. Plus heureux pour les poèmes sacrés,
nous pouvons relire, sinon chanter les hymnes et
séquences que Pierre Abélard écrivit à la demande de
l'abbesse Héloïse , pour les moniales du Paraclet qui
trouvaient les hymnes de Prudence un peu trop monotones
et difficiles à chanter.
O fortuna il compose pour toutes les fêtes et les saisons des chants qui permettent de voir en lui l'un des grands poètes de son temps." Luc Estang , romancier, poète, essayiste, 1911-1992, et JP Foucher in "Florilège de la poèsie sacrée" |
Le rôle d'Héloïse
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La composition de l'hymnaire avec ses 133 hymnes avait représenté une lourde et, on peut le supposer, monotone tâche. Abélard est le seul poète de son temps a avoir osé, selon Paul Zumthor, une si vaste entreprise. Cet immense travail de composition liturgique, a été entrepris à la demande d'Héloïse, abbesse du Paraclet. "C'est pour répondre à tes instantes prières, Héloïse, ma soeur bien chère autrefois dans le siècle, et si chère aujourd'hui en Jésus-Christ que j'ai composé ces chants appelés en grec hymnes et en hébreu tillim." Ainsi, selon Abélard, Héloïse lui avait longuement exposé ses arguments : |
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"Quant aux
hymnes dont nous nous servons aujourd'hui, il y
règne un désordre tel, que bien rarement, pour ne
pas dire toujours, elles n'ont pas même de titre qui
les distingue et indique de qui elles sont, Hilaire
et Ambroise, par exemple, les premiers écrivains en
ce genre, ou bien Prudence et d'autres qui vinrent
après eux, la mesure y est souvent si incorrecte
que les paroles peuvent à peine s'adapter aux
chants; et sans le chant cependant il n'y a pas
d'hymne possible, car la définition de l'hymne est
la louange de Dieu chantée". |
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Accéder au texte complet de la lettre d'envoi des hymnes - Lettre H - Cliquez ici |
Les interprètes modernes
De nombreux groupes de chanteurs, spécialistes de musique ancienne, ont été attirés et intéressés par la musique d'Abélard. Ils l'ont interprétée et ont produit 33 tours et C.D. :
CD Harmonia Mundi 1998
- en 1974, un groupe allemand, "Studio der Fruhen Musik", sous la direction de Thomas Binkley;
- en 1986, le groupe français "Venance Fortunat", sous la direction d'Anne-Marie Deschamps;
- en 1994, la "Schola gregoriana of Cambridge", avec Mary Berry;
- en 1996, l'ensemble "Sequentia" de Cologne avec Barbara Thornton;
- en 1997, toujours en Allemagne, la "Capella Antiqua" de Munich sous la direction de Konrad Ruhland;
- en 1998 pour finir, avec "Theatre of voices" de Los Angeles, USA, et la direction de Paul Hillier.
Pour se procurer les titres C.D. les plus récents, les autres étant épuisés, on peut consulter les différents sites de vente par correspondance, sous la rubrique "Abélard".
On trouvera un bonne étude sur Abélard musicien dans Maurice Zumthor, "Abélard, Lamentations", Actes Sud, Paris 1992. Le commentaire musicologique est de Gérard LE VOT : "Que savons-nous de la musique des planctus d'Abélard."p. 107 à 125.
Michel HUGLO, musicologue : "Abélard, poète et musicien", dans les cahiers de civilisation médiévale, XVII de 1979, pages 349 à 361.
Chrysogonus WADDELL, musicologue, moine cistercien de l'abbaye de Gethsemani Abbey, Kentucky, USA. Note de présentation, avec Mary Berry, du CD "Abelard, hymns & sequences for Heloise" . Herald Cambridge 1994.
Chrysogonus WADDELL, Hymn Collection from the Paraclete, Cistercian liturgy series 8-9, abbaye trappiste de Gethsemani, Cistercian Publications,1989.
Manuscrit des planctus avec notation musicale
Codex reginensis 288, bibliothèque vaticane
XIIeme -XIIIème
Les chansons d'amour
Les chansons d'amour d'Abélard, qui se transmettaient de bouche à oreille, ne sont pas parvenues jusqu'à nous, hélas ! Nous avons cependant plusieurs témoignages qui confirment la réputation qu'avait Abélard.
Cithare
"Si je parvenais à écrire quelques pièces de vers, elles m'étaient dictées par l'amour, non par la philosophie. Dans plusieurs provinces, vous le savez, on entend souvent aujourd'hui encore d'autres amants chanter mes vers." Abélard "Histoire de mes malheurs"
Ainsi cette lettre d'Héloïse :
"Tu possédais deux talents, entre tous, capables de séduire le cur d'une femme : celui de faire des vers et celui de chanter. Ces talents, nous le savons bien, sont rares chez les philosophes. Pourtant, c'est à eux que tu dois d'avoir composé sur des mélodies et des rythmes amoureux, tant de chansons dont la beauté poétique et musicale connut un succès public et répandit universellement ton nom. Les ignorants mêmes, incapables d'en comprendre le texte les retenaient, retenaient ton nom. Telle était la raison principale de l'ardeur amoureuse que les femmes nourrissaient pour toi. Et comme la plupart de ces chansons célébraient nos amours, bientôt mon nom se répandit en maintes contrées, excitant contre moi les jalousies féminines." Héloïse à Abélard, lettre n° 2
Et plus loin :
"Quand tu m'appelais à des plaisirs temporels, tu m'accablais de lettres, tes chansons mettaient sans cesse sur toutes les lèvres le nom d'Héloïse. Les places publiques, les demeures privées en retentissaient."
SOMMAIRE © Association Pierre Abélard 1999