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Un
reliquaire du XVe siècle |
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LE RELIQUAIRE des amants éternels Un coffret de maroquin noir, quelques ossements jaunis, des manuscrits estampillés. Des reliques que convoitent les Archives Nationales et une étrange sépulture imaginaire pour une passion immortelle. Par Philippe Delorme Philippe ler, quatrième souverain de la lignée capétienne, règne alors sur la France. En cette année de grâce 1100, le Breton Pierre Abélard, originaire du Pallet, près de Nantes, débarque à Paris. Philosophe et théologien de génie, il professe avec éclat sur la montagne Sainte‑Geneviève lorsqu'il se prend d'une passion aussi ardente que funeste pour la nièce du chanoine Fulbert, la jeune Héloïse, dont il est aussi le précepteur, On connaît la suite. Pour son infortune, Abélard devient l'amant de sa belle élève. « Sous prétexte d'étudier, nous étions tout entiers à l'amour, avouera-t-il plus tard. [...] Dans notre impétuosité, nous avons traversé toutes les phases de l'amour. Tout ce que la passion peut imaginer de raffinements, nous l'avons épuisé... » Pris au feu de sa passion, Abélard compose des poèmes ‑ hélas disparus ‑qui courent alors sur toutes les lèvres. «La douceur de la mélodie empêchait les ignorants même de les oublier, se souviendra Héloïse. ... Et ces vers, célébrant en très grande partie nos amours, ne tardèrent pas à répandre mon nom en maints pays et à rendre plus vives bien des jalousies de femmes. »
Hélas, la romance va s'achever
en tragédie. Héloïse donne le jour à un fils, avant qu'Abélard
ne s'unisse à elle par un mariage secret. Furieux, le chanoine
Fulbert fait émasculer nuitamment le coupable. Celui‑ci se
retire alors à l'abbaye de Saint‑Denis, cherchant la paix dans
la prière et la méditation, tandis que son épouse prend le voile
au monastère d'Argenteuil. Sous le titre d'Historia
calamitatum. (Histoire de mes malheurs), l'amant mutilé fera
le récit de son péché et de son châtiment. Il reprendra ensuite
ses cours, et les étudiants se presseront comme autrefois pour
écouter un enseignement que saint Bernard jugera hétérodoxe.
Quant à Héloïse, elle deviendra abbesse du Paraclet, un couvent
fondé par le même Abélard, près de Nogent‑sur‑Seine. Avec son
« frère en Jésus‑Christ », elle entretient une
correspondance où elle s'avoue encore tourmentée par les assauts
de la concupiscence. «Je devrais gémir des fautes que j'ai
commises, et je soupire après celles que je ne puis plus
commettre.» |
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Trois siècles plus tard,
dans sa Ballade des dames du temps jadis, François
Villon chantait « la très sage Héloïse, pour qui fut châtré
et puis moine, Pierre Abélard à Saint-Denis... » L'écolâtre
et sa maîtresse étaient déjà devenus le couple le plus
célèbre du Moyen Âge. Et au fil des temps, leur légende
fougueuse et sombre prendra les dimensions d'un mythe
universel. A l'aube
de l'époque romantique, Alexandre Lenoir, fondateur du musée
des Monuments français, voue un véritable culte aux deux
amants, archétype de l'amour absolu et fatal. Autodidacte
épris d'art, il a sauvegardé du vandalisme révolutionnaire
maints tombeaux royaux et chefs‑d'oeuvre médiévaux. En 1800,
il obtient, non sans mal, de la municipalité de
Nogent‑sur‑Seine le transfert des cendres d'Héloïse dans
l'ex‑couvent parisien des Petits‑Augustins. Il les place, au
côté de celles d'Abélard, dans une chapelle de son « Élysée
» ‑ une sorte de panthéon littéraire - composée de vestiges
du Paraclet et de Saint‑Denis, et d'éléments architecturaux
mi‑antiques, mi‑gothiques.
À la Restauration, Louis XVIII ordonne le démantèlement du
musée des Monuments français. Lenoir doit restituer
l'essentiel de ses collections à leurs légitimes
propriétaires. Le reliquat sera réparti entre le Louvre et
Versailles, avant d'être de nouveau rassemblé au Trocadéro ‑
aujourd'hui palais de Chaillot |
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Quant à nos deux amants, le roi décide qu'ils iront reposer ensemble dans un monument édifié au nouveau cimetière du Père‑Lachaise. Mais avant de les quitter, Alexandre Lenoir prend soin de prélever quelques « souvenirs ». |
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C'est ainsi qu'il constitue un curieux coffret en maroquin noir et filets d'or à motif central néogothique... Dans deux petites capsules cerclées d'ivoire sont renfermés un osselet d'Abélard ainsi qu'une dent et une phalange d'Héloïse. Le XIXe siècle cultivait en effet un tel goût morbide pour les «reliquaires laïcs ». Deux pièces «authentiques » de la main de Lenoir, datées de 1816 et 1817, certifient la provenance de ces esquilles. Par ces actes, il en fait également don à ses bienfaitrices, les comtesses Dumont de Frainays. |
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Dans un tiroir inférieur sont disposés un dessin aquarellé représentant le logis supposé d'Abélard ainsi qu'un cahier autographe de Lenoir dans lequel il explique l'odyssée des dites reliques. Y sont ajoutés plusieurs ouvrages, dont la correspondance des deux amoureux, dans une édition en trois volumes de 1795. Au cours du XIXe siècle, le reliquaire naviguera au hasard des héritages, avant de se retrouver entre les mains des princes de Hohenzollern‑Sigmaringen, qui replaceront cet ensemble à l'intérieur n d'une seconde boîte en bois d'amarante, en y adjoignant d'autres imprimés. Il est aujourd'hui la propriété d'un collectionneur français qui souhaite garder l'anonymat. Grâce à une action de mécénat, les Archives nationales devraient bientôt acquérir ce témoignage unique d'une des plus émouvantes histoires d'amour de l'histoire de France... Philippe Delorme, Point de Vue, n° 3030, du 15 au 22 Août 2006, p. 78 et 79 |
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Suite de la
négociation Les Archives Nationales n'ont pu concrétiser cette transaction au cours de l'année 2006. Souhaitons toutefois que dans un proche avenir un objet si intéressant par sa qualité artistique, par son contenu documentaire et enfin par les restes d'ossements qu'il renferme puisse trouver le chemin des Archives Nationales. Le public d'aujourd'hui toujours passionné par la grande histoire d'amour entre Héloïse et Abélard pourra alors y accéder. |